lundi 26 août 2019


"Alors Jésus pleura, comme il a déjà été remarqué : Il pleura notre lâcheté et le peu d’âmes qui veulent bien se livrer à la mort encore après qu’Il S’y est livré Lui-même. Alors les Juifs dirent : Voyez combien Il l’aimait. Ô âme, si tu savais l’amour que ton Dieu a pour toi, tu en serais dans le ravissement et dans l’étonnement tout ensemble ! Tu voudrais mourir mille fois d’amour pour reconnaître un amour si excessif. Mais l’amour de Jésus-Christ ne consiste pas, comme bien des gens s’imaginent, à empêcher cette mort. O Dieu, Vous qui rendez la vue aux aveugles, ne pouviez-Vous pas empêcher que cet homme ne mourût ? Sans doute Vous le pouviez, mais il vous était infiniment plus glorieux et plus avantageux pour lui de le ressusciter après sa mort que de l’empêcher de mourir. Vous rendez la vue aux aveugles, mais Vous ne la leur rendez qu’après qu’ils ont été aveugles, et vous leur rendez une vue mille fois plus parfaite que celle que la nature donne, et ils ne comprendraient pas le bonheur de la vue s’ils n’avaient éprouvé ce que c’est que l’aveuglement ; de même l’on ne connaîtrait pas l’avantage de posséder la vie si on n’avait éprouvé la mort. O mort fortunée qui produit une si heureuse vie ! C’est la plus grande marque d’amour que Jésus puisse donner à l’âme que de lui procurer cette mort, mais elle ne le connaît pas tant que cette opération dure parce qu’elle ne peut penser au bien qui doit suivre cette mort : elle ne pense qu’à la douleur présente qu’elle cause. Et si elle pouvait envisager un bien futur et une résurrection, elle ne mourrait jamais parce que tout cela lui donnerait vie, appui, soutien, espérance et empêcherait sa mort. Ainsi, ceux qui croient que de laisser mourir une amante est en Dieu un défaut d’amour se trompent bien, car Il n’en use de la sorte que par un excès d’amour : cette mort est une extase douloureuse qui fait sortir l’âme d’elle m ême pour la faire passer en Dieu. […] "Madame Guyon, Explications du Nouveau Testament



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