"Alors Jésus pleura, comme il a déjà été remarqué :
Il pleura notre lâcheté et le peu d’âmes qui veulent
bien se livrer à la mort encore après qu’Il S’y est
livré Lui-même. Alors les Juifs dirent : Voyez combien
Il l’aimait. Ô âme, si tu savais l’amour que ton Dieu
a pour toi, tu en serais dans le ravissement et dans l’étonnement tout ensemble ! Tu voudrais
mourir mille fois d’amour pour reconnaître un
amour si excessif. Mais l’amour de Jésus-Christ ne
consiste pas, comme bien des gens s’imaginent, à
empêcher cette mort. O Dieu, Vous qui rendez la vue
aux aveugles, ne pouviez-Vous pas empêcher que cet homme
ne mourût ? Sans doute Vous le pouviez, mais il
vous était infiniment plus glorieux et plus
avantageux pour lui de le ressusciter après sa mort
que de l’empêcher de mourir. Vous rendez la vue
aux aveugles, mais Vous ne la leur rendez qu’après
qu’ils ont été aveugles, et vous leur rendez une vue
mille fois plus parfaite que celle que la nature
donne, et ils ne comprendraient pas le bonheur de
la vue s’ils n’avaient éprouvé ce que c’est que
l’aveuglement ; de même l’on ne connaîtrait pas
l’avantage de posséder la vie si on n’avait éprouvé
la mort. O mort fortunée qui produit une si
heureuse vie ! C’est la plus grande marque d’amour
que Jésus puisse donner à l’âme que de lui procurer
cette mort, mais elle ne le connaît pas tant que
cette opération dure parce qu’elle ne peut penser
au bien qui doit suivre cette mort : elle ne pense
qu’à la douleur présente qu’elle cause. Et si elle
pouvait envisager un bien futur et une résurrection,
elle ne mourrait jamais parce que tout cela lui
donnerait vie, appui, soutien, espérance et
empêcherait sa mort. Ainsi, ceux qui croient que de laisser mourir une amante est en Dieu un défaut
d’amour se trompent bien, car Il n’en use de la
sorte que par un excès d’amour : cette mort est une
extase douloureuse qui fait sortir l’âme d’elle m ême
pour la faire passer en Dieu. […] "Madame Guyon, Explications du Nouveau Testament
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire